La vague de froid, comme l’épisode caniculaire de juin dernier, a mis en lumière une réalité criante : les écoles françaises souffrent d’un bâti souvent inadapté aux enjeux climatiques. Ceci n’est pas sans conséquences directes sur la santé des élèves et du personnel. Un rapport publié à la rentrée 2025 par l’Alliance écologique et sociale (AES), regroupant syndicats et associations comme la FSU, Sud Éducation, Greenpeace ou Oxfam, dresse un état des lieux alarmant et formule des pistes pour agir.

Rapport-AES-renovation-bati-scolaire-250905

Un parc scolaire vétuste et énergivore

La majorité des écoles primaires (80 %) datent d’une période de reconstruction entre 1950 et 1975. Deux tiers des cités scolaires et la moitié des lycées ont été construits avant 1970, et plus de la moitié des collèges avant 1980. Environ 10 à 20 % des établissements sont en état de dégradation important, et seuls 14 % d’entre eux respectent les normes de bâtiment basse consommation. L’absence de données fiables complique l’évaluation des performances énergétiques, mais on sait que les énergies fossiles restent largement majoritaires dans la consommation des établissements scolaires.

Un levier climatique sous-exploité

Les écoles représentent environ un tiers de la consommation énergétique des bâtiments communaux, soit près de 0,5 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Pourtant, la rénovation énergétique pourrait permettre des économies importantes, comme l’a montré la rénovation de 45 écoles parisiennes, qui a réduit de 33 % leur consommation d’énergie. Certains établissements, comme une école à Monbahu (Lot-et-Garonne), sont même devenus des bâtiments à énergie positive grâce à l’installation de panneaux solaires.

Des financements insuffisants

Le fonds vert, initialement doté de 500 millions d’euros en 2023 et 2024, a été amputé de 55 % dans le budget 2025. Le plan « EduRénov », qui s’appuie sur des prêts aux collectivités, accroît leur endettement et repose sur des appels à projets. Pourtant, selon plusieurs rapports parlementaires et l’ancienne ministre Dominique Faure, il faudrait investir au moins 50 milliards d’euros sur dix ans pour atteindre les objectifs fixés.

Un état préoccupant et des retards sur le terrain

Selon un rapport parlementaire de 2024, les écoles sont les bâtiments les plus énergivores des communes. Près de la moitié d’entre elles manquent d’équipements simples comme des protections solaires. La situation est particulièrement grave dans les Outre-mer, où des écoles manquent pour accueillir tous les élèves et où des coupures d’eau perturbent le fonctionnement, comme à Mayotte. Des enquêtes syndicales indiquent que 80 % des établissements auraient besoin d’être rénovés, avec des problèmes d’aération dans 43 % des cas. Malgré les plans annoncés, les personnels dénoncent retards, travaux insuffisants et un manque de coordination entre Éducation nationale et collectivités.

DUERP : un outil peu exploité

Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), censé recenser et prévenir les risques dans les établissements, reste largement absent ou peu mis à jour : une école sur deux n’en dispose pas, et seuls 20 % des établissements l’actualisent chaque année. Les ambiances thermiques sont le deuxième type de risque le plus signalé, soulignant l’importance de cet outil dans la prévention. Son absence empêche une bonne évaluation des dangers et constitue une faille dans les obligations de santé et sécurité au travail.

Les propositions de l’Alliance écologique et sociale

Pour répondre à ces défis, l’AES propose un plan d’investissement de 40 milliards d’euros sur dix ans, soit environ 5 milliards par an. Ce financement pourrait être assuré par la mobilisation de ressources fiscales existantes, comme une partie des dividendes des grandes entreprises, la réintroduction de l’impôt sur la fortune ou une taxe sur les transactions financières.

Par ailleurs, l’AES préconise un protocole inspiré de l’Espagne, qui accorde des congés climatiques lors des vagues de chaleur, pour protéger élèves et personnels tout en évitant de surcharger principalement les femmes. Ce protocole inclut aussi une réorganisation du travail, l’accès à l’eau potable, et la nécessité d’un dialogue social renforcé.

Enfin, l’AES recommande la création d’un observatoire du bâti scolaire et la généralisation de mesures simples mais efficaces pour améliorer le confort thermique : installation de volets et brise-soleil, utilisation de brasseurs d’air, peinture blanche des toitures, et végétalisation des cours d’école.

Djéhanne Gani pour le Café pédagogique