Des intervenants du RAID et de la BAC
Pour le SNALC de Seine-Saint-Denis organise une formation « faire face à la violence. Comment agir ? qu’a-t-on le droit de faire ? »
Pour le SNALC du 93, « des professionnels spécialistes de cette question » sont Robert Paturel, instructeur du Raid et champion de France de boxe qui anime des ateliers de self défense de Krav maga, Didier Weber, ancien brigadier major à la Bac de Paris et Luc Pavan membre du Snalc.
Pour cette formation, le syndicat ne fait pas appel à d’autres spécialistes : pas de psychologue, pas de sociologue, pas de personnel médico-social, pas de pédagogue ou de médiateur pour comprendre, décrypter, déminer les situations de violence, ou de réflexion sur des mises en œuvre éducatives ou de prévention.
« L’extrême-droite dans nos formations, c’est non ! »
Le Snalc 93 se positionne politiquement en invitant des personnes proches de l’Extrême-droite ».
L’intervenant Robert Paturel a tenu des propos en 2015 proches de la théorie de « Grand remplacement » : « Il faut que les gens sachent que les musulmans seront majoritaires dans une trentaine d’années, peut-être moins vu les flux de réfugiés. Et cette fois nous serons bien contraints de filer doux ou de disparaître ». En 2016, il répond à une question d’une journaliste de LCI après un attentat : « Les musulmans ne sont pas tous terroristes, par contre tous les terroristes sont musulmans ».
Robert Paturel a aussi accordé un entretien à un média d’extrême-droite qui a rendu hommage à Jean-Marie Le Pen en ces termes « la flamme ne s’éteindra pas » dans lequel on peut lire : « il est vrai que le présumé « tortionnaire », comme l’appelle Libération, était un homme civilisé, au contraire des dégénérés gauchistes. »
Face à ces propos révoltants, Jean-Rémi Girard, secrétaire national du SNALC précise qu’il ne s’agit pas d’un atelier politique ou de self défense : « On n’est pas dans un message idéologique, ce congrès est un moment pour échanger, partager des retours d’expérience et pas juste écouter les intervenants » .
Le bureau national du Snalc, alerté a finalement décidé que cette formation « n’aura pas lieu sous cette forme-là ».
Une intersyndicale mobilisée contre les idées d’extrême-droite
Pour le collectif intersyndical du 93 de Seine-Saint Denis (FSU, Solidaires, CGT, CNT) qui vient de créer une antenne de Visa, un comité de vigilance et d’initiative syndicales contre l’extrême-droite : « L’extrême-droite et ses idées progressent en France depuis quarante ans. Les élections de juillet dernier ont permis d’éviter le pire mais n’ont pas contredit la tendance : le RN compte aujourd’hui un record dramatique de 124 député·es à l’Assemblée Nationale. Le fascisme est aux portes du pouvoir. Dans le même temps, il pénètre de plus en plus dans nos vies et sur nos lieux de travail ». Il dénonce la formation et affirme sa « volonté de lutter contre les idées d’extrême-droite partout (…). Les personnels de l’Éducation Nationale ne doivent pas être formé-es par un service de police qui n’a pas sa place à l’école et un intervenant aux idées racistes. »
Banalisation de la violence ou de l’extrême-droite à l’Ecole ?
« Pour les élèves de maternelles, le Snalc préfère le Raid au Rased » plaisantent et grincent des enseignants du 93, préférant tourner en dérision ce choix chargé politiquement et éloigné des enjeux éducatifs de l’École.
Pour l’intersyndicale, le SNALC Créteil « surfe sur la violence à l’aide d’idée d’extrême-droite ».
Les faits de violences physiques concernent majoritairement le premier degré
Penser que le RAID et la BAC seraient une réponse pour les personnels éducatifs pour faire face à la violence dans l’École ne dit pas la réalité des faits : la violence en milieu scolaire se manifeste principalement par des atteintes de violence verbale aux personnes.
Les faits de violence physique sont bien moindres et concernent majoritairement les élèves du 1er degré. Très peu de faits de violence viennent de l’extérieur.
Dès lors le recours du Raid ou de la Bac sont-ils nécessaires pour intervenir auprès d’enfants entre 6 et 10 ans sur des insultes ou incivilités ?
De même, le Raid et la BAC sont impuissants, face aux faits de cyberharcèlement ou aux conditions de travail et d’apprentissage qui se dégradent. La violence à l’école est celle de la société. L’École n’y échappe pas, elle est celle des inégalités, de leurs reproductions dont elle souffre.
Extrait d’un article de Djéhanne Gani pour le Café pédagogique – 21 janvier 2025