Après le collège, vers l’interdiction du portable au lycée à la rentrée 2026 ? C’est en tout cas un vœu de l’Elysée qui a eu sa place dans l’allocution du président Macron le 31 décembre.
Le gouvernement souhaite interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans à compter du 1er septembre 2026. Cette mesure figure dans un projet de loi qui doit être examiné par le Parlement au début de l’année 2026. L’exécutif entend répondre aux risques liés à l’usage intensif des plateformes numériques chez les adolescents, tels que le cyberharcèlement, l’exposition à des contenus inappropriés ou encore les troubles du sommeil.

 

Un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Le texte prévoit également l’extension de l’interdiction de l’usage du téléphone portable aux lycées, règle déjà en vigueur de la maternelle au collège depuis 2018. « L’interdiction du téléphone au lycée est une question de principe : le temps de l’école, c’est le temps de l’apprentissage, ce n’est pas le temps du téléphone » a lancé Edouard Geffray à la veille de la rentrée, orientation qu’il avait déjà défendue le 18 décembre sur France 2, affirmant que « l’on ne peut pas laisser nos enfants être accaparés cinq ou six heures par jour par les réseaux sociaux ».

Pour le ministre de l’Éducation nationale, il s’agit là d’un véritable « enjeu de santé publique ».
Il a précisé à la veille de la rentrée auprès de Ouest-France que l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans relevait pour lui d’un triple enjeu de santé mentale. Un enjeu social : « la sociabilité des enfants et des adolescents ne peut être déléguée à une machine » a-t-il affirmé. Un enjeu de « développement intellectuel », en termes de qualité de l’attention et concentration, et un enjeu civique : « On ne peut pas accepter que nos jeunes soient bombardés jour et nuit par des messages sur les réseaux sociaux dans lesquels de fausses informations circulent, sans avoir acquis le recul suffisant pour y faire face » a-t-il déclaré.

Une priorité politique pour l’Elysée

Le président de la République, a fait de cette réforme une priorité politique. Lors de la présentation de ses vœux aux Français, il a ainsi déclaré : « Nous protégerons nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux et des écrans ».

Un dispositif présenté comme techniquement réalisable

Sur le plan juridique, le gouvernement assure travailler à une solution compatible avec le droit européen, notamment le règlement sur les services numériques. Le ministre de l’Éducation nationale a insisté sur le fait que « le droit français doit pouvoir techniquement interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans ».
Selon lui, « on a su le faire pour interdire l’accès aux sites pornographiques aux moins de 18 ans » et « on est techniquement capable » de mettre en place un dispositif équivalent pour les réseaux sociaux.

Le ministre souligne toutefois que l’Ecole ne peut pas porter seule cette responsabilité.
« On ne peut pas tout demander à l’Ecole », a-t-il déclaré, estimant que les familles doivent également être associées à la mise en œuvre de l’interdiction. Il appelle à une approche globale, combinant plusieurs leviers : « Il faut à la fois limiter l’exposition aux écrans, éduquer aux usages du numérique et créer des alternatives sociales », notamment en développant des expériences de sociabilité hors ligne pour les jeunes.

Des réserves dans le monde éducatif

Nul n’est moins sûr que la réponse du ministre convainque : « J’ai toute confiance dans les proviseurs et leurs équipes, qui sauront l’adapter au mieux aux réalités de leurs établissements ».

Dans le monde éducatif, les réserves persistent.
Le SNES-FSU, premier syndicat du second degré, se montre prudent quant à l’extension de l’interdiction du téléphone portable au lycée.
Sa secrétaire générale, Sophie Vénétitay, appelle à « prendre en compte les spécificités du lycée », rappelant que certains élèves sont majeurs et disposent d’une plus grande autonomie.
Le syndicat souligne également que l’interdiction du portable n’est déjà « pas effective partout » au collège, faute de moyens humains et matériels suffisants.

Des inquiétudes pour les jeunes les plus vulnérables

Si l’objectif de lutte contre le cyberharcèlement est largement partagé, la mesure suscite néanmoins des critiques. Plusieurs acteurs alertent sur les risques d’une interdiction jugée trop générale. Des associations soulignent que les réseaux sociaux peuvent constituer un espace essentiel de soutien pour certains adolescents vulnérables, notamment les jeunes LGBT, les élèves harcelés, les jeunes en situation de handicap ou encore les victimes de violences intrafamiliales.
Pour ces publics, les plateformes numériques représentent parfois un premier accès à une communauté, à de l’aide ou à des ressources de protection.

Présentée comme une mesure universelle de protection, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ouvre ainsi un débat de fond entre impératif de santé publique, faisabilité juridique et technique, rôle de l’Etat, de l’école, et prise en compte des effets différenciés sur les jeunes. Eduquer, « surveiller et punir »…

 

Extrait d’un article de Djéhanne Gani pour le Café pédagogique