Vos représentant-es pour la FSU : Jérôme Dutron, Fanny Le Cam, Pascal Roger, Erwan Saladin
Vous pouvez lire ci-dessous la déclaration liminaire de la FSU à laquelle la CFDT s’est associée après lecture.
La dernière réunion de l’année de la Formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail (FS-SSCT) de la Manche a une nouvelle fois mis en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les personnels de l’Éducation nationale dans le département.
Si l’administration reconnaît des marges de progression et affirme vouloir améliorer le suivi des situations, nous continuons d’alerter sur :
- l’épuisement des équipes ;
- le manque de réponses concrètes ;
- les difficultés d’inclusion ;
- la pression hiérarchique ;
- les insuffisances du suivi des signalements RSST ;
PAS (Pôles d’Appui à la Scolarité)
Les PAS sont appelés à remplacer progressivement les PIAL et les pôles ressources.
L’administration prévoit à terme 21 PAS dans le département, mais seulement 11 seraient mis en place dès l’année prochaine. Ces structures regrouperaient plusieurs acteurs :
3 co-pilotes PAS : IEN, principal, ARS
1 coordinateur EN
1 Educ spé ARS en lien avec…
1 coordinateur AESH (¼ décharge)
1 référent AESH (3h/s)
Les pôles ressources seront « fondus » dans les PAS.
Selon la DSDEN, les PAS doivent devenir un « premier relais » pour les familles et les équipes, parfois même avant une notification MDPH. Les territoires couverts seraient plus petits que les actuels PIAL.
Un PIAL sera divisé en 2 PAS (le PIAL de Coutances a été divisé cette année en 2 PAS préfiguratifs).
Les PAS à la rentrée :
Coutances : CLG Prévert et St Sauveur Villages
Cherbourg ouest : CLG Jules Ferry, Les Pieux
Cherbourg ville : CLG Bucaille, Cachin, Diderot, les Provinces
Saint-Lo : CLG Pasteur, Torigni et Canisy
Mais de nombreuses interrogations demeurent.
Nous avons souligné le manque de visibilité sur :
- les conditions d’affectation des AESH ;
- les critères de répartition ;
- les conditions de travail dans les PAS ;
- les moyens humains réels ;
- les liens avec les équipes enseignantes.
Nous avons également dénoncé une réforme mise en œuvre dans la précipitation, dans le prolongement du « choc des savoirs », alors même que plusieurs mesures de cette politique sont progressivement abandonnées.
La question du mélange public/privé dans les PAS a aussi été soulevée, certains territoires regroupant désormais les deux secteurs.
Concernant les AESH, l’administration assure qu’elles resteront affectées à moins de 20 km de leur domicile et dans un seul PAS. Aucun barème précis n’est cependant prévu pour départager les demandes.
Nous nous sommes inquiété également du manque d’attractivité des postes de coordination…
Conditions de travail : violences et risques psychosociaux
La FS-SSCT a mené plusieurs enquêtes menées après des situations graves.
Il en ressort une nécessité de véritables mesures nouvelles et non d’un simple rappel de dispositifs déjà existants. Certaines mesures étaient déjà en place avant ces drames et n’avaient pas empêché la dégradation de la situation.
Le suivi des préconisations reste un enjeu important après des enquêtes.
L’administration annonce :
5 postes infirmiers en plus,
un plan de formation AESH nouveau,
un séminaire départemental : sa thématique relève des remontées du terrain,
des formations « Normandie inclusive »
Le bilan des signalements au Registre santé et sécurité au travail (RSST) montre une activité toujours très importante :
- 107 signalements entre février et avril 2026 ;
- 79 dans le premier degré ;
- 28 dans le second degré.
L’administration met en avant un taux de suivi de 93 %, contre 75 % l’année précédente.
Nous contestons contestent parfois la réalité de ce « suivi », certains dossiers étant considérés comme traités après une simple transmission entre services.
Les violences restent en forte hausse dans les signalements.
De nombreux exemples ont été évoqués :
- agressions d’enseignants ;
- difficultés d’accompagnement d’élèves à besoins particuliers ;
- absence ou insuffisance d’AESH ;
- situations complexes en SEGPA ;
Les réponses sont parfois inadaptées, donnant le sentiment que les personnels seraient eux-mêmes responsables des difficultés rencontrées.
La « bienveillance » recommandée à tous les IEN par la Rectrice ne semble pas encore avoir été intégrée par tous !
Les AESH restent particulièrement exposées à des défauts de suivi. Plusieurs signalements apparaissent encore uniquement « visés » sans réelle réponse hiérarchique.
L’outil RSST lui-même montre certaines limites :
- impossibilité d’identifier clairement les AESH dans certaines catégories ;
- perte d’informations lors des transferts entre premier et second degré ;
- multiplicité des intervenants ;
- absence fréquente de retour final après les réunions annoncées dans les suivis.
Second degré
Il existe un climat de peur autour des signalements RSST.
Selon certains témoignages, des collègues ayant effectué des signalements auraient ensuite été convoqués par les services RH concernant leur « manière de servir ».
L’administration réfute tout lien disciplinaire…
Certains suivis peuvent être vécus comme culpabilisants pour les agents.
Direction d’école
La multiplication des enquêtes et remontées administratives a de nouveau été dénoncée :
- évaluations ;
- EVAR ;
- pHARe ;
- enquêtes lecture ;
- écrans ;
- formation ;
- APQ ;
- dispositifs divers…
Les directeurs et directrices d’école sont sollicités en permanence sans temps supplémentaire dégagé.
L’administration évoque la nécessité de « hiérarchiser les demandes » et indique que des décharges ponctuelles peuvent être accordées,… sans annoncer de mesures nouvelles.
Nous avons également pointé :
- les dysfonctionnements réguliers de LSU et ONDE ;
- le vieillissement rapide du matériel numérique ;
- les difficultés de financement par les communes ;
- l’augmentation constante des tâches numériques.
La question de l’intelligence artificielle a aussi été posée :
À ce jour, l’administration (qui recommande l’usage de l’IA pour des compte-rendus de réunion, par exemple) indique qu’aucune IA officielle de l’État ne garantit encore pleinement le respect du RGPD pour les usages pédagogiques ou administratifs !
Pressions pédagogiques
Plusieurs alertes ont été remontées concernant :
- des pressions exercées autour des méthodes de lecture ;
- l’utilisation des résultats des évaluations nationales ;
- des interventions d’IEN sur les choix de niveaux ou d’organisation des écoles.
Contractuels, démissions et ruptures conventionnelles
L’administration a indiqué que :
- plusieurs ruptures conventionnelles avaient été acceptées ;
- des démissions concernaient essentiellement des collègues en disponibilité arrivant en fin de droit ;
- les besoins en contractuels pourraient diminuer à la rentrée prochaine en raison de l’arrivée de nouveaux stagiaires.
Divers
L’administration n’annonce pas de nouveau décret sur l’évolution des autorisations d’absence pour l’instant.
Les nouveaux guides handicaps à destination du personnel ont été diffusés sur l’espace pro si vous arrivez à les trouver : le rond bleu avec les 3 barres puis « conditions de travail », puis « handicap au travail »
NOTRE DÉCLARATION EN OUVERTURE DE CE CSA FS-SSCT
Monsieur le Directeur Académique,
Cette nouvelle réunion de la FS-SSCT se tient dans un contexte de dégradation continue des conditions de travail des personnels de l’Éducation nationale dans la Manche. Derrière les tableaux de suivi, les procédures et les outils administratifs, il y a des femmes et des hommes épuisés, fragilisés.
La FSU souhaite d’abord alerter solennellement sur la multiplication des mises en cause d’enseignantes et d’enseignants par des parents d’élèves, parfois publiquement. Dans ces situations, les collègues ont trop souvent le sentiment d’être laissés seuls face aux attaques, sans protection claire, sans accompagnement visible, sans soutien institutionnel affirmé.
Pire, des personnels du second degré dans cette situation, certains ayant déposé dans le RSST, sont convoqués à la DPE au rectorat pour un entretien sur « leur façon de servir », ne sont pas véritablement entendus et se voient soumis à un rappel aux obligations aussi brutal qu’incompris ! La FSU demande que ces procédures soient modifiées pour protéger la santé des personnels qui sont fragilisés par ces méthodes peu bienveillantes.
Nous dénonçons également le fonctionnement de plus en plus opaque du suivi des signalements RSST. Les réponses sont inégales selon les circonscriptions, les pratiques varient d’un IEN à l’autre, certains suivis sont détaillés, d’autres se limitent à quelques mots ou à un simple « visé ». Ce n’est pas acceptable. Un signalement RSST n’est pas une formalité administrative : c’est l’expression d’une souffrance, d’un danger ou d’une difficulté professionnelle. Chaque dépôt mérite un traitement sérieux, traçable et cohérent.
Nous constatons aussi que de nombreux suivis annoncent des réunions futures, des transmissions vers les Pôles Ressources ou d’autres services… mais sans retour ensuite vers le RSST pour y apporter un bilan.
La FSU souhaite par ailleurs attirer l’attention sur les violences subies par les personnels. Plusieurs signalements récents d’agressions d’élèves n’ont donné lieu qu’à un simple visa administratif. On ne peut imaginer qu’un acte de violence envers un agent s’est soldé uniquement par un « visé » : les membres de la FS-SSCT, afin de pouvoir travailler, ont eux aussi besoin de savoir ce quoi a réellement été mis en place par les IEN et chefs d’établissement.
Nous alertons également sur la situation des AESH. Les signalements les concernant sont encore trop souvent insuffisamment suivis. Beaucoup semblent disparaître dans les méandres administratifs entre premier et second degré. Les AESH demeurent les grandes oubliées du suivi des conditions de travail, alors même qu’elles exercent dans une précarité persistante et dans des conditions souvent dégradées. Jusqu’à l’intitulé même dans l’application RSST, où elles restent noyées dans la catégorie « Agent d’État – Autres ». Ce manque de reconnaissance symbolique est révélateur d’un problème toujours profond.
Nous demandons également des clarifications sur la mise en place des PAS et sur les modalités d’affectation des AESH. Les personnels ont besoin de transparence et de visibilité, pas de réorganisations permanentes imposées sans explication suffisante.
La surcharge de travail des directrices et directeurs d’école continue aussi de s’aggraver. Les enquêtes « flash », les sollicitations permanentes, les dispositifs successifs — lecture, EVAR, pHARe et tant d’autres — s’accumulent sans qu’aucun temps supplémentaire ne soit accordé. On ne peut pas continuer à empiler les tâches sans dégager ni temps ni moyens.
À cela s’ajoute l’état catastrophique des outils numériques professionnels. LSU, ONDE, matériels vieillissants, équipements obsolètes, réseaux défaillants : les personnels travaillent trop souvent dans des conditions techniques indignes d’un service public moderne. Pourtant, l’institution poursuit la fuite en avant numérique.
Monsieur le Directeur Académique, les signalements RSST ne sont pas des statistiques. Ils traduisent une réalité de terrain de plus en plus difficile. Derrière chaque fiche, il y a un agent qui demande de l’aide, de l’écoute, des réponses et des actes. La recherche du rendement maximal du travail enseignant a des limites qu’on ne peut dépasser sans créer de la casse : de l’épuisement professionnel, des démissions, des burn out , des dépressions voire pire encore…
La FSU attend aujourd’hui autre chose que des constats. Les personnels ont besoin d’engagements concrets, d’une harmonisation réelle des suivis, d’une protection effective face aux violences et aux mises en cause, d’une amélioration tangible des conditions de travail et d’un respect enfin affirmé de tous les personnels, enseignants comme AESH.
Parce qu’à force d’ignorer les alertes, c’est la santé des agents, mais aussi le fonctionnement même du service public d’éducation, qui sont en danger.
MANCHE